Peinture d'après Jean Honoré Fragonard.
Acrylique sur bois.
~
Nine
Peinture d'après Jean Honoré Fragonard.
Acrylique sur bois.
~
Nine
La forêt était douce.
Parfois en émanaient, d’une essence magique
La fragrance épicée, la senteur enivrante
Qui toujours me rendaient éblouie, souriante.
Et mes pas déposés aux ombres fantastiques
Sur un tapis de mousse
Troublaient, silencieux
La vie de ces grands pins dont les palmes rêveuses
Caressées par le vent, s’élançaient vers le ciel
Puis, changeant de chemin, comme un battement d’ailes
Avaient ce mouvement – lenteur délicieuse
Que souvent ont les vieux.
Ô ! nature sauvage
Qui au loin me livrait la mélodie de l’eau
Cascadant sur la roche au gré des fadarelles
Imprévisibles fées qu’on imagine belles
Agitant quelque cloche au hasard du ruisseau
Pour dire leur message.
Parées de tourmaline
Elles dansent la nuit, cependant que tout dort.
On ne sait leur aspect, mais au fond de son âme
On les voit, à minuit, chuchoter quelque drame
Préparant en secret l’habileté des sorts
Qu’elles jettent, coquines
… Cruauté de l’ondine !
~
Nine
Silence, il fait doux sous les
hêtres
Essence et bruissement de
fleurs
Les battements lents de mon
cœur
Se taisent au miroir de
l’être.
Silence à l’ombre du
feuillage
Les sens en sursis,
essaimés
Aux quatre vents, dont
l’alizé
- Sur sa paume erre mon visage
-
Embaume ma chair
esseulée.
Distance. Recueil.
Disparaître.
L’encens se dissout pour
renaître
Au paysage imaginé.
Le long du fleuve lent qui
danse
Et murmure ses clapotis
Mon âme meurt, se meut,
revit
Au gré de l’eau les maux se
pansent…
Mensonges baignés dans
l’oubli
Comme roseaux, sages et
frais
Souvenirs tus, rêves
muets
Vains messages évanouis.
Silence, il fait doux sur le
fleuve
Immense est son
consentement
À dérouler son beau
ruban
Paresseux, auquel je
m’abreuve.
Bain de liqueur au fond des
yeux
Opalescence des couleurs
Calme pensée vide de
heurt
Qu’un vert de gris noie dans le
bleu.
Vacance sur reflets
d’argent
Plus un son au creux de la
vague.
Une réflexion qu’on
élague
La patience est un
mouvement
Le repos, un puits
d’ignorance
Où le bruit n’a pas raison
d’être.
L’abri n’a ni toit ni
fenêtre
L’ami vous y suit en
silence.
~
Nine
J’avais un capuchon dans mes primes
années
Rouge de son plein gré, avec joli
pompon
J’allais les bois, les prés,
recherchant l’horizon
Où les fleurs, les flocons, vivent en
amitié.
M’arrêtant près d’un mas
pour taper la causette
Avec une alouette que vent
emporta
Comme toutes les miettes tombées ça
et là
D’un gâteau de colza, soleil de
mes mirettes…
Cueillant le guilledou, cette herbe
rare et fière
Qui pousse dans la terre ainsi que
sait mon Loup
Qui me l’a dit hier ;
j’étais sur ses genoux
Dans ce havre d’époux , cette
même clairière…
Ôtant mon capuchon rouge de son plein
gré
Nous avions même gré, c’était
là le pompon !
Celui de s’allonger de commun
horizon
Sans aucun chaperon qui nous puisse
empêcher.
Ma robe avec regrets perdit quelques
boutons
Que le mœurs fanfaron de sieur
Loup mon aimé
Et les vents à foison venus pour
l’y aider
Fit s’ôter de bon gré, malgré
les dira-t-on.
Grenouilles, qui chantiez près des
coquelicots
Cependant qu’abonde eau dans
quelque bénitier
Fougère, aviez bon dos, pour mes
ébats premiers
Avec Loup, qui m’aimiez sous le
chant des oiseaux !
~
Nine
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